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Introduction

(Extrait d'un texte de Catherine Othenin-Girard, collection BCV-art, Lausanne, juin 2000)

Maya Andersson « construit ses tableaux comme on construit une cabane, avec juste ce qu’il faut pour qu’ils tiennent debout ». Elle revendique cette modestie du faire, elle y puise sa force et son inspiration. Les objets représentés proviennent de son petit musée personnel rempli d’objets récoltés au gré de ses pérégrinations. Ce sont des objets mobiliers, des fragments de vaisselle, des éléments de la nature, autant de capteurs d’émotion dont elle se sert pour travailler.
Dans la composition, elle cherche à imbriquer surface et profondeur. L’artiste donne autant d’importance à l’expérience perceptive qu’à la construction formelle. Ainsi la mise en scène démystifie l’organisation spatiale, elle empêche une lecture convenue de l’œuvre et par là même les notions de faire croire et de faire semblant.
Comprendre les œuvres de Maya Andersson c’est réapprendre un usage du monde, c’est développer un autre rapport entre les objets et soi, c’est rompre avec la référence visuelle classique pour redécouvrir le message formel initial. Dans l’attente peut-être du moment où les choses parleraient d’elles-mêmes, Maya Andersson redonne corps aux images. En figurant un tesson, une fleur, un chat, elle invoque le passé, le présent et le futur. Elle suggère le temps de la peinture, elle offre au spectateur la pérennité des images [...]

Note d'atelier, octobre 2006

L’art a toujours été pour moi une préoccupation et un repère. Impressionnée par les natures mortes de Morandi, les intérieurs de Marius Borgeaud, le point de vue de Degas, les paysages d'Hodler, la virtuosité de Picasso, la lumière et les matières de Vermeer, la force des compositions de Fernand Léger, j’ai souvent fait des copies, des collages ou des assemblages à partir de certains de leurs tableaux. C’est la peinture qui m’a appris à peindre.

Comment peindre et surtout quoi peindre aujourd’hui ? J’ai l’impression que depuis longtemps on ne fabrique plus que des ready-mades, même si nous les peignons « à la main ».

Chacun de mes tableaux est conçu à partir d’une émotion, d’une anecdote ou d’un souvenir.
Je fais une peinture ordinaire. Je peins des choses qui m’entourent associées à d’autres que je vois dans les musées ou dans les livres. Ces choses ne sont pas représentées par imitation mais plutôt par là où elles font signes. Comme on vide ses poches sur la table en rentrant d’une promenade, les choses sont posées sur le tableau. Cette surface colorée reçoit et fait voir les quelques indices propres à chaque énigme : un oiseau, un papillon, quelques tessons, deux sandales, un chat, une chaise, une figue, un tapis, une table, une tache, un bouquet ou quelques feuilles... On peut aussi y voir ce qu’il y a entre ces choses, entre une figue et un oiseau, entre deux fragments, entre deux chaises, entre le tableau et la fenêtre, entre le sol et la table ...
Chaque tableau est un agencement, un collage, une construction qui ne respecte aucun ordre préétabli, aucune règle extérieure à lui-même. C’est une sorte de dépôt (territoire) qui s’organise (se construit) en fonction des choses trouvées et choisies (formes, couleurs, matières). C’est peut-être aussi une machine autonome dont les diverses pièces tiennent ensemble à condition qu’elles soient bien boulonnées.

Les citations et les emprunts avoués dans mes tableaux ont l’avantage de rendre à la peinture ce qui lui appartient.
En toute humilité, mon sujet est la peinture.



Ci-dessous
Nature morte en ligne, 1964, acrylique sur toile, 27 x 41 cm
Fenêtre sud 27.11.06, 2006, huile sur toile, 28 x 51 cm

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